On ne décrète pas une industrialisation par des discours

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Depuis plus de 15 ans, les responsables qui se sont succédé à la tête du secteur de l’industrie ont multiplié les initiatives de réforme et les annonces de projets. Pourquoi le secteur n’arrive-t-il pas encore à décoller ?

Si on juge l’industrialisation du pays par la part de l’industrie dans le PIB, les résultats sont assez décevants. L’industrialisation du pays est une course de fond qui nécessite des années avant de voir des résultats concrets. Malheureusement, on a surtout fait de beaux discours creux et pas agi concrètement. En revanche, ces deux dernières années, les choses ont réellement bougé sous l’effet d’une nouvelle impulsion politique, mais aussi sous l’urgence imposée par des conditions économiques qui se sont fortement dégradées suite à la baisse des marchés pétroliers.

Le nouveau code de l’investissement est un acte politique concret qui va dans la bonne direction. Les maux de notre industrie sont les mêmes, à savoir une importance historique du secteur public, d’une part, et une bureaucratie lourde, d’autre part. Pour se sortir de ces deux étaux, il faut du temps. Le temps de l’industrie est long. Il est différent de celui du service. Un projet industriel prend au moins 5 ans entre sa date de lancement et son fonctionnement en mode normal. Les résultats n’apparaîtront que dans un horizon de deux à trois ans si on continue à soutenir les privés et si on ne commet pas les erreurs faites dans le passé, à savoir l’immixtion de l’Etat dans la sphère économique.
 

Quel rapport faire entre l’argent dépensé pour le soutien du privé, d’une part, et l’assainissement du public d’autre part, et les résultats obtenus ?

De ce point de vue, l’Etat a fait son travail en injectant des sommes importantes dans les entreprises publiques et en octroyant des exonérations aux industriels privés via notamment les avantages ANDI. Le risque majeur est le financement national et international de cette mutation industrielle. L’Etat joue un rôle vital dans ce domaine. Si ce dernier venait à se retirer faute de résultats, la dynamique que nous connaissons actuellement risque de s’arrêter et reporter ainsi les bénéfices de l’industrialisation nécessaire pour relancer l’économie du pays.

Ces dernières années, il y a eu le lancement de plusieurs projets d’assemblage dans l’automobile notamment. Pour quelle valeur ajoutée ?

Encore une fois, nous n’en sommes qu’au début de l’industrialisation de notre économie et l’aventure industrielle automobile dans notre pays ne date que de l’année dernière.

L’Etat soutient fortement l’industrie automobile qui est naissante via les exonérations de droits de douane, de TVA et d’import. Il soutient également les projets via des bonifications des taux d’intérêt. Donc, l’effort est colossal pour les finances de l’Etat. Les résultats viendront à moyen terme, c’est-à-dire à horizon 2020 quand les projets seront en phase réelle de production locale.

Actuellement, les projets automobiles sont plus des projets logistiques que des projets industriels. La valeur ajoutée ne se fera voir que dans deux ou trois ans, et en attendant l’Etat continue à investir pour faire décoller cette industrie. Pour répondre à votre question, on ne peut pas parler de valeur ajoutée pour le moment. Je redis que l’industrie est une course de fond ; on ne décrète pas une industrialisation par des discours mais par des faits et par des investisseurs à la hauteur des enjeux du pays.

Parallèlement, des industriels algériens ont réussi à se placer à l’extérieur au moment où le pays peine à attirer les IDE....

Le salut du pays viendra de ses entrepreneurs et de leur dynamisme, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Il est illusoire de vouloir relancer l’industrie en intervenant dans ce processus entrepreneurial. Il faut laisser le privé jouer son rôle de développeur des projets de création de richesses, l’Etat ne doit pas interférer dans ce processus d’investissement.

En revanche, l’Etat a un rôle crucial à jouer en soutenant ces investisseurs dans le processus de création et de lancement de nouveaux projets. Les décideurs doivent intervenir pour lever les obstacles bureaucratiques, les aléas juridiques, favoriser l’accès au foncier.

Ce faisant, on améliore au passage l’attractivité du pays car en améliorant les conditions d’exercice pour le privé national, on améliore le climat des affaires pour les investisseurs étrangers.

 

Samira Imadalou
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