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l'historiographie de l'architecture islamique revisitée

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A deux mois de la clôture de l’événement culturel «Constantine, capitale de la culture arabe», l’université Mentouri a été encore une fois sollicitée pour laisser son empreinte dans la plus grande manifestation culturelle de l’année.

Les 15 et 16 février, c’est la faculté d’architecture et d’urbanisme (Constantine 3) qui a été sous les feux de la rampe avec l’organisation d’un colloque international sur l’architecture islamique. «L’ambition des organisateurs est de conforter les regards sur les conceptions de l’histoire de l’architecture islamique, tout autant que les architectures produites d’inspiration locale prescrites dans deux périodes, celles coloniale et postindépendance», explique Nabiha Bemaati, membre du comité d’organisation, enseignante et chef du département de management de projets.

Pourquoi ce thème et pas un autre ? Plusieurs organisateurs reconnaissent un choix imposé. Le thème de ces deux journées, qui ont comptabilisé 30 communications, a été formulé par le ministère des Affaires religieuses et des Wakf.

Le département d’architecture s’en est emparé pour présenter un type d’architecture largement connu même des profanes, mais en s’appuyant sur un travail de terrain. Toutes les bonnes volontés étaient les bienvenues. Et le club scientifique n’a pas été en reste ; il n’a pas démérité et a fait montre d’un enthousiasme palpable en se lançant dans cette préparation collégiale qui a abouti à une exposition de maquettes et de photos sur le thème de l’architecture islamique.

Pour un meilleur encadrement du colloque et une maîtrise du thème, le comité d’organisation, certainement par souci d’éthique et d’objectivité, a largement balisé les contenus des communications et des ateliers. «La notion d’architecture islamique renvoie à la production artistique développée sous la domination musulman entre le VII et XIXe siècles. La richesse et la diversité — maison, palais, caravanserail, médersa, bain — qui illustre l’architecture islamique a interpellé les voyageurs, les archéologues et les historiens. Les études historiques, présentées sous forme de monographies, de synthèses et d’essais, visaient la connaissance des dimensions formelles, ornementales, constructives et symboliques de l’art islamique en général», a-t-on laissé entendre.

Et de développer que «ces dimensions ont évolué de la définition des variations de style et des spécialités régionales vers la reconstruction des processus de fabrication et de gestion des édifices».

Fait inédit, les communications étaient originales et non déjà publiées. Le comité d’organisation a mis un point d’honneur à inciter à l’innovation. Les sujets des interventions — une autre condition observée — ont été en lien étroit avec les thématiques et les axes du colloque. Le pivot de ce dernier est structuré autour de quatre axes : l’historiographie de l’architecture islamique, les pratiques et les productions architecturales en situation coloniale, les pratiques architecturales contemporaines et les influences patrimoniales locales et enfin leçons de l’architecture traditionnelle dans la conception environnementale.


IDENTITÉ OU HÉRITAGE ?

«L’historiographie produite à travers le temps dépasse largement la connaissance de la réalité de cette production architecturale pour orienter les regards vers l’héritage islamique et les pratiques architecturales», peut-on saisir de certaines communications à travers lesquelles des experts ont mis en exergue les aspects et l’étymologie inhérente à cette architecture qui a transcendé le temps. «Au XIXe siècle, les conditions politiques, sociales et économiques de certains pays ont influencé les formes architecturales.

La prise de conscience occidentale des traditions architecturales et de l’effacement des particularités ont entraîné une réinterprétation du patrimoine local et un renouvellement du processus de production. Entre les XXe et XXIe siècles, il ya eu un regain d’intérêt pour cette catégorie d’architecture qui s’affiche davantage à travers la construction de bâtiment emblématiques. L’appropriation des références patrimoniales locales s’apparente à une restructuration identitaire.

Pour certains intervenants, la question identitaire, devenue une préoccupation majeure pour certains pays, se traduit en outre par l’architecture. Certains maitres d’œuvres qui se référent à l’architecture islamique dans la conception des édifices nouveaux sont fortement encouragés. Leurs contributions prolongent les réflexions sur la durabilité par la pratique constructive, et la gestion intelligente des facteurs environnementaux.» Nadir Bouhrour, chef du département d’architecture et membre du comité d’organisation nous a confié que «la préparation de ce colloque a duré un an», ce qui renseigne sur l’implication des différents partenaires pour que ce conclave soit couronné de succès.

D’où la sollicitation des architectes de terrain. «Nous avons demandé à des architectes de terrain d’apporter leur contribution pour une vulgarisation de la thématique», a affirmé Mme Benmaati. Son collègue N. Bouhrour abonde dans le même sens en rappelant que son département «dispense un mastère en architecture islamique». La thématique leur est donc familière et a été portée à bras le corps par la faculté d’architecture et d’urbanisme qui, comme son nom l’indique, abrite un troisième département, celui du management de projets.

Et c’est un véritable voyage qui s’est offert au public, composé d’étudiants. De la Turquie au Maroc, des joyaux architecturaux ont été décortiqués sous la loupe de spécialistes venus du pourtour méditerranéen. Plusieurs monuments ont été présentés en tant qu’objets d’étude ou de réhabilitation, à l’exemple de la mosquée Hassan Pacha d’Oran, du palais Mustapha Pacha d’Alger, des pavillons des officiers d’Alger ou des maisons traditionnelles de Constantine.

Naima Djekhar
 
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